samedi 23 janvier 2010

PEUT-ETRE QUELQUE CHOSE DES TERRES EN GESINE

Quand le pasteur perd pied au versant qui s’affole,
Sa songerie s’enraye et ses brebis se taisent ;
Il scrute les sommets où plane l’hyperbole.
Elles fouillent les ravins où niche son malaise.

Les ouailles et le berger aux rôles égarés
Cohabitent peut-être dans les reliefs amers
De tes grands paradoxes. Lave tes noirs secrets
Aux douceurs de mes mains qui te seront sanctuaire.

Peut-être quelque chose de la gaieté meurtrie
Des cailloux qu’en leur chant lavent, tannent et brisent
Les torrents du val d’Aure quand à grelots tu ris
Puis qu’un vol noir te fige où toute joie s’enlise.

Peut-être quelque chose de la convulsion fière
Éruptive et violente des montagnes qui germent
Lorsque offrant ton visage à mes rigueurs sincères
Tu m’adoptes pour maître et me remets les armes.

Peut-être quelque chose en toi de ces magmas
Malléables et fous qu’expectore en sa braise
Une ivre orogenèse quand à ton estomac
Le doute noue des lacs que nul contact n’apaise.

Peut-être quelque chose de l’âpreté des rocs
En toi qui s’élabore quand ton regard battu
Vient quêter le frisson dessous l’onde des chocs
Et l’avalanche bleue dessous mes poings obtus.

Peut-être quelque chose du périlleux chaos
De dénivellations qui d’écorce jaillirent,
En ton verbe fastueux, quand ton ardeur va haut,
En ton mutisme sec, quand ton humeur chavire.

Peut-être quelque chose en toi de ces crevasses,
Vertiges minéraux où s’affame la terre,
Lorsque pour rassasier tes entrailles tenaces,
Tu suscites mes flux, te repais de ma chair.

Tu es l’animal tendre qu’à ma baume les pics
De Néouvielle, de Tramezaïgues et d’Arbizon,
Après tant de traverses, de saisons chimériques,
Ont un soir amené, soir d’or et de blason.


*

Quand le meunier s’en va d’une allure rassise
Moudre au vent le grain dur d’une récolte riche,
Il revoit les étés de chétives remises
Où disette fut comble quand le blé se fit chiche.

Il connaît trop l’angoisse des greniers désertés
Pour se fier aux leurres d’éphémère abondance.
Le manque me fait peur. Offre-moi sans compter
La douceur de ta peau où je puise confiance.

Peut-être quelque chose de ces plaines à seigle,
Ligne plane des orges, enclume ou céréale,
Dont un frisson de vent n’incline point la règle,
En mon immobilisme immuablement étale.

Peut-être quelque chose en moi de ces semences
Uniformes et lentes qui mettent à germer
Plus de poids et de temps que n’en a la patience
Quand tarde une moisson qu’automne compromet.

Peut-être quelque chose en moi de ces épis
Qu’offre une canicule horizontale et mate
A l’aplomb sclérosé d’un soleil assoupi
Comme un comble de vie qu’en l’écrasant juin rate.

Peut-être quelque chose de ces clochers de pierre
Tyranniques et vains qu’érigent les églises
Sur les lignes de socs, quand mon corps désespère
D’assez te féconder, Sisyphe qu’on n’épuise.


Je suis la bête sombre que les flèches de Beauce,
Les clochers de Janville, de Chartres ou ceux d’Allaines,
Aux solaires amis sur qui tes jours s’adossent,
Un soir ont raboutée, soir navré de déveine.


*

Peut-être ai-je su voir aux éboulis de pierres,
Tes yeux accidentés aux impérieux espoirs.
La consomption des monts est tenace à tes chairs
Qu’elle écorche et avive quand des loups y vont boire.

Hélas, je n’ai pas su apprivoiser tes peurs.
Ta détermination aux exigences nouées
Cristallise en déni nos harmonies majeures,
Elle brise et saccage ce qu’amour a dévoué.

Peut-être le sais-tu, sous une plaine grouillent
Des hydres, des cerbères, des tarasques chtoniennes,
Des catoblépas fous. Le coma des gargouilles
Éclate de stridences quand les monstres adviennent.

Hélas, tu n’as pas su les tenir en respect
Et moi, pleutre, j’abdique aux Parques du vorace,
Aux chimères du manque et ne sais rescaper
Ce qu’amour a tissé ; mes frayeurs le fracassent.

Le meunier dissimule en sa fébrilité
Ses terreurs de néant. Et le pasteur cultive
Ses ferments prolifiques dessous l’oisiveté.
N’est-ce pour exaucer leurs douceurs effusives ?

La montagne a ses maux, la plaine ses douleurs.
Abolir leur distance, les mettre en résonance
De soubresauts intimes, de tourments et de heurts,
N’est-ce pour exaucer surrection de leurs chances ?

Car la géographie jamais ne se fourvoie !
Si par consentement improbable, inouï,
Et Beauce et Pyrénées d’exception se pourvoient
N’est-ce pour exaucer des cimes éblouies ?

Accordez, terre mère, accordez à ces hommes
Des sommets ou des champs l’alliance sans lésine,
La concorde des sols qui d’amour font la somme,
L’heureuse tectonique des terres en gésine.

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Et moi, et moi, et moi!

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Paris, Ile-de-France, France
Aède érotomane, mélancolique et blagueur.

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