samedi 23 janvier 2010

SOIRS DE 1982

Un espoir s'est voilé sur sa hampe d'albâtre,
Une rose a chanté les jours de flétrissure.
II pleut des larmes d'air, de sel et d'eau grisâtres
Dans le cours des torrents. Demain n'est pas bien sûr.

La voix rechantera aux calvaires du soir
Processions d'amour et rêves d'eau bénite.
Les promontoires d'or s'achèveront en noir :
Oboles du passé dont un destin s'acquitte.

Et toi, tu reviendras, sous tes paupières sèches,
Défaire la quiétude inquiète d'aimer.
Minuit aura sonné dans la chaleur grièche
Quand aux carrières d'ambre tu reviendras sonner.

Je t'ouvrirai la porte et la lumière brève
Dira si ton amour, un soir puis un matin,
Encor saura m'avouer la tendresse des lèvres
Ou bien reprendre en mains la fierté d'un dédain.

Le cyprès aux yeux tristes, accablé de désir,
Est mort. Et ma mémoire ressasse languissante
L'histoire d'un printemps à l'orée du plaisir :
Clairières de caresses où un bonheur s'augmente.


Mémoire ridicule dont les hommes se moquent :
Le cyprès s'est fané et ses yeux ne sont plus
Que de vagues reproches épars dans la voix rauque
D'un bloc de bronze pur que j'ai trop tôt connu.

La porte refermée, sous l'ombre des murs, danse
La sarabande niaise des jaloux sans fortune
Au cœur lardé de dots et de tristesses rances.
Et le spectateur rit ; des sanglots sur la dune.

Sur la dune de mort, un espoir lacéré
Claque misère longue en ses lambeaux livides.
C'est la risée des preux, des heureux et des muets
Ébahis d'avoir vu la nuit dans un cœur vide.

Avec eux, toi tu ris et tu oublies qu'un jour
Tu fus le cyprès et l'espoir du pauvre niais
Malade qui le soir se rappelle toujours
Tes serrements à l'âme au creux d'un même été.

Et le fanion s'est tu. Oripeaux du malheur
Se taisent de douleur sur la côte d'Armor
Quand comme un vol funèbre, le phénix du bonheur
Fuit le vieux continent où il sème la mort.

Puis tu t'endormiras, saoulé de plaintes veules
Timides et chétives. Et je m'endormirai
Sur un banc d'algues vertes, plus soucieux de celle
Qui dans ses torves antres a percé le secret

De ton sourire clair où se noie mon soupir
Que de celle-là qui a souffert pour que vivent
Les tortures arides d'un impossible empire.
Je suis une humeur noire à toute joie rétive.

Le saule dans ses branches lamente sa complainte
Et la confie peut-être aux frissons de la mer.
Dans la tourmente vogue, toute confiance éteinte,
Un navire sans mât qui n'a plus peur d'hier

Mais qui demain encor heurtera les rivages
Désenchantés du monde. Si tu l'as bien aimé,
Il te racontera la douleur de cet âge
Où le malheur empire à qui veut trop aimer.

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Et moi, et moi, et moi!

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Paris, Ile-de-France, France
Aède érotomane, mélancolique et blagueur.

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