mardi 2 décembre 2008

MATHILDA

Un soir de froid, un soir d’hiver au soleil clair,
Sur les trottoirs luisants et noirs de Buenos Aires
Tu promenais ton ambition de cinéma.
Affranchie de l’humiliant anonymat,
Tu te rêvais fière starlette dont les succès
Sur les ondes et sur les écrans toujours croissaient.

Et ce soir-là, tu rencontras le blond Victor
Tendre voyou au cœur sensible des quartiers nord.
Pour quelques mois, tu fis de lui un pur James Dean
Il vit en toi sa noble idole, sa Marilyn.
De tous les hommes, c’est le premier que tu connus,

Tu lui offris ta vie, ton âme, sans retenue.
Il te trompa, t’abandonna brutalement,
Tu conservas la nostalgie de ces moments
Entre ses bras, peau contre peau, dans son épaule
Lorsque deux corps mutuellement s’aiment et se frôlent.

Mathilda, Mathilda,
Chante, chante sans crainte
D’avoir à te méprendre
Les effusions tendres
De ton cœur, de ton ventre
Où la première empreinte
D’une amour se fonda.
Mathilda, Mathilda,
Chante, chante sans crainte.

Un soir de brise, un soir d’arômes exhalés
Par le printemps, lorsque s’enflamment les giroflées,
Tu promenais au long du golfe napolitain
L’avènement fragile encore et incertain
D’une carrière de comédienne de second ordre
Quand la passion vint impromptu en ton cœur mordre.

C’est ce soir-là que tu croisas le beau Carlo
Cheveux de jais, œil de velours et trémolo
De baryton. Son père était un producteur
De pellicule fort renommé, globe trotter
Cosmopolite des studios et des festivals.

Presque cinq ans, vous partageâtes sans nul scandale
Jours où sans cesse à l’un à l’autre on se dédie.
Mais c’est tentant pour une actrice la tragédie !
Par goût du jeu, tu séduisis son père aussi
Et d’Amalfi, vous fîtes voile vers Sainte-Lucie.

Mathilda, Mathilda,
Le chant de tes étreintes
Fit fondre l’or et l’ambre
Qu’un plaisir vient répandre
Au creux fervent des membres
Qu’une amour sans atteinte
Intimement souda.
Mathilda, Mathilda,
Le chant de tes étreintes.

Un soir de calme, soir de passion du Pacifique,
Tu promenais sur Mulholland ton euphorique
Et fier succès dans un coupé ivre de gloire,
Toi la vedette idolâtrée des écrans noirs.
Mais solitaire, déjà lassée de ces romances
Désabusée, tu ignorais la providence.

Or ce soir-là, elle t’amena le grand Nelson
Fils merveilleux d’une Havane que l’on bâillonne,
Un long athlète aux pieds véloces et au visage
De candeur fauve. Sitôt l’amour fut mis en cage
Et n’eut de cesse de vous unir plus tendrement.

Hélas, hélas, bien trop souvent, l’amour nous ment.
Et quand il crut lire en tes yeux la lassitude
D’un coup de foudre à son déclin, sa force rude
Jadis aimante se fit brutale. Il s’emporta
Et d’une lame féroce et dure, il te cribla.

Mathilda, Mathilda
Ta chanson s’est éteinte
Dans une sombre chambre,
Et ton sang vint s’épandre
Au lit de palissandre
Dont une amour défunte
Souille à jamais les draps.
Mathilda, Mathilda
Ta chanson s’est éteinte.

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Et moi, et moi, et moi!

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Paris, Ile-de-France, France
Aède érotomane, mélancolique et blagueur.

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